Lettre ouverte aux clubs et à l’ensemble des acteurs du volley-ball français

À l’approche du vote sur la réforme des statuts (27 février 2016), l’équipe du Nouvel Élan adresse une lettre ouverte aux clubs de volley-ball français afin de les alerter sur les dérives constatées au sein de notre Fédération. Voici cette lettre en intégralité :

Au mois de juin dernier nous prenions la décision de proposer une nouvelle alternative pour notre sport au travers de notre initiative « Un Nouvel Élan pour le Volley-Ball Français ». Notre volonté première était d’apporter un certaine fraîcheur dans le débat fédéral après des années de conflit et de gouvernance désastreuse, mais également de redonner au volley ce qu’il nous a apporté en tant qu’athlètes en mettant notre expérience et nos connaissances au service de son développement. Notre score (près de 36%) lors des élections du mois d’août après seulement trois semaines de mobilisation a traduit une volonté de changement de discours et de méthode, malgré le scepticisme et les réticences logiques de certains pointant du doigt notre manque d’expérience et un certain opportunisme.

Depuis que nos représentants ont pris leurs fonctions au sein du Conseil d’Administration fédéral, nous avons eu à plusieurs occasions la confirmation que le système de fonctionnement fédéral actuel et la culture qui en découle, ne permettront pas à notre sport d’évoluer efficacement et de se projeter dans l’avenir de façon sereine. Voici les principaux constats que nous faisons :

  1.    La logique de pouvoir prévaut sur la logique de projet

  2.    Il perdure un manque de considération voire un mépris pour tous les acteurs de la base, à savoir les clubs

  3.    La méconnaissance et l’incompréhension de l’environnement au sein duquel la famille volley-ball évolue trahit une forme d’incompétence sur de nombreux enjeux de fond

  4.    La stratégie de management consiste à diviser pour mieux régner

Pour illustrer ces constats, il suffit d’analyser objectivement quelques-unes des propositions contenues dans le projet de réforme statutaire et territoriale qui sera soumis au vote des délégués des clubs lors de la prochaine assemblée générale extraordinaire qui se tiendra à Paris le 27 février prochain. Nous essayons ici d’en extraire l’essentiel pour faciliter la compréhension générale, sans rentrer dans les détails de textes bien souvent illisibles et ambigus.

Logique de pouvoir vs logique de projet

   La volonté affichée est de permettre aux ligues (territoires) d’intégrer le pouvoir exécutif en siégeant au conseil d’administration fédéral. Cela ne peut pas être envisageable puisque statutairement, elles sont placées sous l’autorité directe de la fédération. Accepter un tel changement reviendrait à faire en sorte que les ligues deviennent à la fois l’autorité et l’exécutant, et d’être donc juge et partie, générant forcément des conflits d’intérêts.

   En proposant la mise en place d’un conseil d’administration à 31 membres dont 13 à 14 sièges de droit pour les représentants issus des ligues, la liste élue sur la base d’un projet politique au scrutin majoritaire ne remporte que 12 sièges. De fait, elle se retrouve en minorité et n’a pas les moyens de mettre en oeuvre le projet pour lequel elle a été élue. Les ligues conservent un pouvoir de blocage lors de chaque conseil d’administration. Il s’agit par conséquent d’un facteur d’instabilité important.

   Le cumul des mandats reste de mise permettant à des Présidents de ligue tout en conservant leur titre, de se présenter sur une liste candidate et de siéger au conseil d’administration de la fédération. Cela peut engendrer des situations ridicules telles qu’un Président de ligue également Secrétaire Général de la fédération qui s’écrit à lui-même pour dénoncer certains agissements (ce n’est pas de la fiction, nous y avons été confrontés).

   L’impossibilité pour quelqu’un qui n’a pas été licencié deux années en France au cours des quatre dernières années de se présenter dans un scrutin électoral qu’il soit régional ou fédéral. Outre le fait qu’il s’agisse d’un principe discriminatoire, une telle décision peut déboucher sur l’impossibilité pour des personnes compétentes de servir le volley, mais également de freiner l’arrivée de nouvelles générations de dirigeants.

   Il n’existe aucune feuille de route clairement exprimée concernant le développement du volley, que ce soit pour le haut-niveau ou pour la masse, alors même que des budgets conséquents sont attribués.

Manque de considération pour les acteurs de la base, en particulier les clubs

   La suppression du droit de vote direct pour les clubs est envisagée au motif que le vote des GSA souffre d’une piètre participation et que les clubs régionaux et départementaux sont très éloignés des enjeux fédéraux. Plutôt que de se débarrasser du problème par une simple pirouette juridique, il serait bien plus judicieux de se poser la question de savoir pourquoi les clubs départementaux et régionaux ne se sentent pas concernés et trouver des moyens de les intéresser. Malheureusement, cela ne semble pas faire partie des plans.

   Dans le cadre du projet de réforme territoriale, aucune consultation n’a eu lieu, à part lors de réunions du Conseil National des Ligues. Alors que cette réforme peut constituer une opportunité pour moderniser nos structures et nos modes de fonctionnement, les comités départementaux seront mis devant le fait accompli et n’ont absolument pas eu le droit à la parole. Ils occuperont probablement un rôle et des missions de proximité essentiels dans le futur.

Méconnaissance et incompréhension de l’environnement

   L’arrogance fédérale vis-à-vis de la tutelle exercée par l’État et plus particulièrement le Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports est symptomatique du système de fonctionnement de nos dirigeants. L’incapacité à répondre à plusieurs demandes ministérielles notamment en lien avec la réforme des territoires et son calendrier, ne contribue pas à l’établissement de relations de confiance ainsi qu’au développement d’une coopération harmonieuse et saine.

   L’absence de consultation du Ministère en amont sur les projets de réforme présentés en assemblée générale constitue une faute dont les conséquences pourraient être majeures pour la FFVB, et pouvant aller dans le cas le plus extrême à une mise sous tutelle avec coupure d’un certain nombre de financements. Ne pas tenir compte de cette épée de Damocles relève de l’incompétence à diriger une fédération nationale sportive.

   Les relations avec la Direction Technique Nationale, sans aborder les querelles de personnes, ne permettent pas de réfléchir sereinement à l’optimisation de notre système de détection et de formation.

   La non prise en compte des conséquences de la réforme territoriale sur le fonctionnement des ligues et des comités départementaux traduit l’incapacité à comprendre et à appréhender correctement les enjeux qui en découlent. Les projets de Statuts des ligues et des comités qui seront présentés en AG devraient élargir le champ de leurs missions afin d’ouvrir l’accès à de nouveaux types de financements, conserver une capacité d’adaptation selon les orientations politiques régionales vis-à-vis de la compétence « sport », et permettre au volley-ball d’apporter une contribution au développement économique et social de son territoire. En effet, il n’est pas du tout garanti dans un avenir proche que le système d’attribution des subventions publiques aux associations se maintienne tel que nous le connaissons aujourd’hui. Les associations devront démontrer leur contribution à l’attractivité de leur territoire et à son développement. Autrement dit, la stratégie de la main tendue ne marchera plus et le modèle économique de nos instances va devoir évoluer. Cette mutation n’est absolument pas abordée par nos dirigeants fédéraux avec le risque qu’en bout de chaine, les licenciés en paient le prix en voyant le tarif de la licence augmenter sans pour autant disposer d’un meilleur service.

Stratégie de management qui consiste à diviser pour mieux régner

Bien que cet aspect ne transparaisse pas dans le projet de réforme proposé, nous ne pouvions le passer sous silence.

Il y a encore quelques mois une campagne prônant le « Rassemblement pour le volley-ball » laissait entendre qu’une grande réconciliation allait avoir lieu dans l’intérêt général de notre sport. À ce jour il n’en est rien, les tensions et les divisions étant même plus exacerbées que précédemment, que ce soit au niveau du staff fédéral permanent que de la Direction Technique Nationale ou encore du Conseil National des Ligues. Les règles de base consistant à respecter les opinions mais également les responsabilités de chacun sont totalement bafouées, avec un exécutif très interventionniste, créant une confusion totale.

 Or il faut rappeler que les responsabilités d’un conseil d’administration, au lieu de se charger du management opérationnel quotidien, devraient être les suivantes :

  •  Établir le plan stratégique fédéral, en commençant par la Vision, la mission et les valeurs de l’organisation. Comme mentionné précédemment, rien de tout cela n’est fait.
  •  Définir les rôles et les missions de chaque entité fédérale qu’il s’agisse des commissions, des ligues et des comités, ainsi que du processus de prise de décisions.
  •  Être garant du bon développement de la politique fédérale et de ses processus d’approbation.
  •  Veiller à entretenir une gestion financière saine et s’assurer du respect des Lois en vigueur.
  • Définir les commissions, nommer leurs membres, évaluer leur efficacité, reconnaître leurs engagements.
  •  Évaluer la performance de sa direction générale et des chefs de services.
  •  Garantir la transparence et l’éthique.
  • Veiller à développer et entretenir des relations saines avec l’ensemble de ses partenaires, institutionnels et privés.

Que les choses soient bien claires : l’objet de cette lettre est avant tout de mettre en garde l’ensemble des acteurs du volley-ball sur les dangers des propositions qui seront formulées en assemblée générale et privilégiées par l’exécutif en place. Rien à ce jour ne nous oblige à en accepter les termes sans en avoir compris et mesuré les conséquences pour l’avenir du volley-ball. La commande « ministérielle » obligatoire était avant tout de supprimer le vote de défiance de nos Statuts, responsable à leurs yeux de l’instabilité de la gouvernance. Pour ce qui concerne les autres propositions, elles ne font l’objet d’aucun motif particulier et l’option sera donnée de rester sur le principe de gouvernance actuel. De notre point de vue, une réforme n’a de sens que si elle se met au service d’un projet. À ce jour, il n’en est rien…

Nous ne pouvons que déplorer à ce stade de devoir nous « battre » sur des enjeux uniquement politiques qui prennent le dessus sur les vraies raisons de notre engagement: le volley-ball et son développement. Néanmoins, chacun doit garder en tête que cette bataille sur les Statuts et la réforme territoriale est cruciale pour les années à venir et la stabilité fédérale. Même si les clubs peuvent se sentir très éloignés de tout ça…

Amitiés sportives,

L’équipe Nouvel Élan.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s