« Nous voulons avoir un rôle constructif »

TorrecillasSuite de notre présentation des membres du « Nouvel Élan », avec Laurent Torrecillas, élu au conseil d’administration de la Fédération française de volley-ball.

Passé par les clubs des JSA Bordeaux, de Tourcoing et du Plessis-Robinson, joueur international de 1989 à 1995 (jeune et sénior), Laurent a été contraint d’arrêter sa carrière en salle à 23 ans, suite à des blessures récurrentes aux genoux. Après avoir suivi des études en management du sport, il est aujourd’hui spécialisé dans le développement stratégique d’organisations sportives et olympiques.

Laurent, peux-tu nous raconter comment tu es venu au volley-ball ?

Mon premier sport de prédilection était le tennis. Entre 7-8 ans et 14 ans, j’écumais tous les tournois en Aquitaine en rêvant de devenir le futur champion français. Avec un jeu axé sur le service-volée, je dominais pas mal mon sujet dans ma catégorie d’âge. Mais lors de ma rentrée en 3ème à Périgueux, le prof d’EPS de l’époque m’a un peu forcé la main pour que j’intègre avec une année d’avance la section volley qu’il avait créée au sein de l’établissement, puis naturellement, le club local de l’ASPTT Périgueux. J’ai été très rapidement séduit par l’esprit de ce sport qui tranchait avec l’individualisme du tennis. Par la suite, tout s’est enchaîné : j’ai participé à mon premier stage régional au CREPS de Bordeaux avec Stéphane Faure dès les vacances de Toussaint, puis 6 mois plus tard, je me retrouvais parachuté en équipe de France cadets. Il faut dire que déjà en minime, je mesurais 1,94m… À partir de là, je n’ai plus quitté les sélections et j’ai intégré le CNVB de Montpellier en 1990.

« La meilleure école pour mon développement personnel et professionnel »

Quels sont les événements qui t’ont le plus marqué au cours de ta carrière de joueur ?

Ma plus belle expérience reste sans aucun doute ma participation aux Universiades à Buffalo en 1993. Une ambiance géniale et certainement ma meilleure saison avec comme cerise sur le gâteau, une préparation au championnat d’Europe avec l’équipe A à seulement 19 ans. Puis est venue ma première grosse blessure en septembre de la même année avec une rupture du croisé antérieur du genou gauche. Une épreuve qui m’a fait beaucoup mûrir et prendre conscience de la « violence » du système professionnel. Mais avec le recul, cette épreuve m’a renforcé mentalement et a probablement été le virage qui a bâti un peu plus ma confiance individuelle.

Le choix de mettre un terme définitif à ma carrière en 1997 a été difficile, car je l’ai vécu comme une contrainte. Je n’arrivais plus du tout à sauter, je ne pouvais plus tenir un match entier et les entraînements devenaient un calvaire. À 23 ans, je n’avais plus de plaisir et je suis resté sur un goût d’inachevé. Pendant quelques temps, il m’a été presque impossible d’aller regarder un match de volley. J’ai essayé de revenir ensuite en reprenant sur le circuit du championnat de France de beach. J’y ai vécu de bons moments et j’ai appris à découvrir cette discipline qui me passionne par le défi physique, psychologique, et ses aspects tactique et stratégique.

As-tu des regrets ?

Celui de ne pas avoir participé aux Jeux Olympiques en tant que joueur. Pour le reste, le volley-ball et le sport de haut-niveau ont été probablement ma meilleure école pour mon développement tant personnel que professionnel.

« Le fossé est énorme entre la carrière de sportif et le milieu professionnel »

Depuis la fin de ta carrière tu as su rebondir et t’épanouir dans ta vie professionnelle ?

Tout n’a pas été si simple. Le fossé est énorme entre la carrière de sportif et le milieu professionnel. J’ai toujours eu une âme d’indépendant et j’ai souhaité tracer ma route dans le monde du sport, en essayant de rester fidèle à mes valeurs et à mes passions. Au début j’ai été confronté à pas mal de désillusions, mais j’ai beaucoup appris. Comme sur un terrain de volley, c’est en faisant des erreurs que l’on progresse. Le tout est de savoir les reconnaître et de les positiver pour avancer. Depuis dix ans je me considère comme un privilégié, je n’ai pas l’impression de travailler. J’ai la chance d’évoluer dans un univers que j’aime et de rencontrer de nombreuses personnalités. J’ai passé plusieurs années à vivre au coeur d’environnements culturels et politiques très variés, des pays développés aux pays en situation de conflit ou de post-conflit. Tout cela rend humble et aide à remettre en question ses choix et ses préjugés en permanence.

Quel métier exerces-tu exactement ?

J’ai ma propre entreprise, je fais du conseil en stratégie et politiques sportives. J’accompagne essentiellement des organisations olympiques que ce soit des Comités Nationaux Olympiques, des fédérations sportives ou encore le CIO, et je conseille des gouvernements sur la façon de valoriser le sport en tant qu’outil transversal de développement social et économique. Mon activité se déroule en majeure partie à l’étranger dans des champs d’expertise spécifiques qui touchent aux enjeux de gouvernance, de sport de haut-niveau, de sport de masse, de stratégies événementielles, de marketing ou encore de ressources humaines. De façon ponctuelle, j’interviens dans des séminaires et conférences pour la formation de dirigeants et futurs managers.

Et tu continues à t’investir dans le volley-ball en tant qu’entraîneur…

Oui, et je l’ai toujours fait, partout où je suis passé que ce soit en Afrique, en Asie ou plus récemment au Canada. Ce qui m’intéresse, c’est avant tout le développement du joueur. Depuis que je suis rentré en France il y a un peu plus de deux ans, je m’investis auprès du club du Haillan, une excellente structure formatrice qui a la particularité d’être quasi-exclusivement féminine. En accord avec les dirigeants j’ai repris un groupe de jeunes cadettes avec lequel nous avons atteint à deux reprises les phases finales de la Coupe de France. Aujourd’hui l’objectif principal est de remonter en championnat national afin que ces jeunes générations talentueuses puissent s’épanouir en restant au club. Nous initions également certains projets afin de parvenir à renforcer l’autonomie financière du club à moyen et long termes. C’est un véritable challenge par les temps qui courent…

« Lutter, à la Fédération, contre la culture de l’amateurisme et les petits arrangements entre amis »

Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à lancer ce « Nouvel Élan » ?

Même éloigné géographiquement, je n’ai jamais cessé de garder un oeil sur l’évolution du volley français. Après l’Assemblée Générale de Boulazac au mois de mai dernier, j’étais un peu désabusé et honteux de voir la FFVB aussi malmenée. J’ai eu besoin de faire partager mon analyse de la situation au travers d’une tribune qui a été reprise par le média olympique francs-jeux.com. En quelques jours, l’article a connu un succès inespéré et les réactions ont été très nombreuses et très positives. Même si ce n’était pas forcément prévu, je me suis dit que ça valait probablement la peine d’aller plus loin, dans une période de transition propice à mettre sur le devant de la scène de nouveaux visages. Le choix a donc été de proposer une alternative complètement nouvelle en montant une équipe d’anciens internationaux. Au départ beaucoup d’observateurs étaient sceptiques et m’ont pris pour un fou. À l’arrivée après seulement trois semaines de campagne, ça donne 35% aux élections, ce qui prouve l’envie de changement et le besoin pour notre fédération de retrouver sa crédibilité. Avec mes colistiers et de nombreux soutiens, nous avons fait naître un mouvement très soudé qui j’espère, va continuer de grossir. Nous avons tous été extrêmement touchés par tous les témoignages de soutien et les encouragements que nous avons reçus. Nous n’allons surtout pas baisser la garde. Comme nous l’avons toujours dit depuis le début de notre aventure, le pouvoir n’est pas une finalité, ce qui compte, c’est de bâtir un projet d’avenir pour l’ensemble du volley-ball français. Le chantier est énorme et les résultats actuels de l’équipe de France sont un peu l’arbre qui cache la forêt…

Justement, quel rôle la liste Nouvel Élan peut jouer au sein du Conseil d’Administration ?

Notre volonté est d’avoir un rôle constructif, sans pour autant renier nos convictions et nos valeurs. Nous découvrons une organisation où la culture de l’amateurisme et les petits arrangements entre amis prennent le pas sur l’essentiel. Nous nous battons pour lutter contre ça. Il est complètement paradoxal d’avoir d’un côté une équipe nationale championne d’Europe et vainqueur de la Ligue Mondiale et de l’autre, un modèle de gouvernance absolument inadapté qui aurait plutôt tendance à négliger sa base. Nous demandons de la transparence vis-à-vis des décisions prises et à ce que les préoccupations des clubs soient entendues. Quand nous voyons passer les directives sur la nouvelle licence « Volley pour Tous » par exemple, ça a le don de nous faire sauter au plafond ! Comment peut-on oser transmettre aux clubs de façon officielle un document aussi mal rédigé et incompréhensible ?… Ces exemples ne rendent pas service à la fédération et contribuent à couper encore un peu plus les dirigeants de leur base. Mais ce qui nous inquiète le plus à l’heure actuelle, c’est l’absence totale de projet pour l’avenir. Nous naviguons à vue et notre crainte est que le titre de champion d’Europe qui doit constituer un véritable tremplin pour notre sport, ne soit absolument pas valorisé. Avec nos quatre sièges au Conseil d’Administration, nous avons des possibilités de prendre la parole pour poser des questions ou proposer des orientations, mais pour le moment, les réponses apportées sont plutôt des fins de non recevoir…

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